La fabrication du couteau Laguiole a un rôle-clé dans le dynamisme économique des deux régions où il est produit : le bassin de Thiers et le territoire de Laguiole. Yann Delarboulas, président de la coutellerie Fontenille-Pataud, rappelle que « 60 entreprises participent à la fabrication du couteau Laguiole ». Parmi elles, 15 sont situées à Laguiole, et plus de 45 à Thiers.
Cette production permet, pour ces deux territoires, de maintenir le savoir-faire, le développer, booster l’économie ainsi que préserver les emplois locaux (200 à Laguiole et plus de 400 dans le bassin thiernois). Yann Delarboulas l’assure : la production du couteau Laguiole attire de plus en plus de jeunes, attirés par ces métiers manuels et artisanaux. « La coutellerie est un métier qui se transmet, notamment grâce aux centres de formation pour adultes », termine-t-il. Largement de quoi faire perdurer cette fabrication coutelière commune aux deux territoires.
Pour le dirigeant de la coutellerie Claude Dozorme, l’avenir du couteau Laguiole repose sur l’union des savoir-faire. « Nous devons couper court à l’opposition stérile entre le bassin de Thiers et celui de Laguiole, qui nous affaiblit face à la concurrence internationale », explique-t-il. Les deux territoires ont toujours uni leurs talents pour faire rayonner la coutellerie française à travers un objet devenu iconique dans le monde entier.
« Nos deux territoires unis permettent de nous démarquer et de lutter contre les produits fabriqués en dehors de la zone d’origine », poursuit Didier Perret. Cette alliance donne aux clients la garantie que chaque couteau Laguiole est fabriqué « dans le respect de la tradition, sur le territoire de Thiers comme sur celui de Laguiole », et non importé des quatre coins du monde. Une union indispensable pour défendre la coutellerie française sur les marchés internationaux.
Pour Magali Soucille, présidente de la coutellerie Goyon-Chazeau, et membre du CLAA, le couteau Laguiole est bien plus qu’un objet : « Sa fabrication, qui remonte à plus de 150 ans, fait encore vivre plus de 200 personnes sur Laguiole et près de 400 sur le bassin de Thiers. » Ce patrimoine commun, à la fois économique et culturel, s’incarne aujourd’hui dans le travail quotidien des fabricants des deux territoires.
L’association CLAA joue un rôle central pour préserver cet équilibre. « Son objectif est d’être fédérateur entre la ville de Laguiole et le bassin de Thiers autour de la fabrication du Laguiole », insiste Magali Soucille. À travers cette union, il s’agit de défendre trois piliers : les savoir-faire historiques, les emplois locaux et les consommateurs. Car la menace reste bien réelle : celle de la contrefaçon et d’une concurrence déloyale qui fragilise ce symbole de l’excellence française.
« Reniers Thiers revient à oublier un pan de l’histoire du couteau Laguiole », commence Frédérique Vallas, responsable commerciale à la Coutellerie Au Sabot (La Monnerie-le-Montel, 63). Et pour cause : les deux terrioires ont toujours accueilli et accueillent encore aujourd’hui des entreprises fabricant des couteaux Laguiole.
Pour Frédérique Vallas, « obtenir une indication géographique commune aux deux territoires permettrait de ne pas privilégier quelques acteurs au détriment d’autres qui ont aussi œuvré pour la réputation, la qualité et la renommée du couteau Laguiole ».
La fabrication du couteau Laguiole existe, depuis plus de 150 ans, dans le bassin de Thiers comme dans le territoire laguiolais. « Dès la seconde moitié du XIXe siècle, nous fabriquions déjà, dans les deux territoires, des couteaux qui avaient une forme courbe », explique Alexandre Dubost, coutellier basé à Viscomtat, dans le Puy-de-Dôme.
Celui qui incarne la quatrième génération de cette famille de coutelliers retrace le parcours de la fabrication du couteau Laguiole au XXe siècle. En effet, après la Première Guerre mondiale, la production du couteau à Laguiole s’est très sérieusement réduite pour finir par s’éteindre complètement dans les années 1950. «Dans la fin des années 1980, des nord-aveyronnais ont transferé une usine de Thiers, ses machines et son savoir-faire, sur le territoire de Laguiole. C’est parce que la production a continué dans le bassin thiernois que le couteau Laguiole a pu survivre à ces événements historiques » conclut Alexandre Dubost.